Festival de Cannes
Du 17/06/26 au 28/07/26
Le Corset
Réalisation : Louis Clichy
Casting : Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin, Alexandre Astier, Jean-Pascal Zadi
Scénario : Louis Clichy, Franck Salomé
Type de film : Animation, Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 90 mn
Sortie nationale : 14/10/2026
Jeune Public : Oui
Âge minimum : 10 ans
C’est une merveille de film d’animation made in France, que nous ne sommes pas peu fiers de vous proposer cet été en avant-première dans les salles Utopia ! Une pépite, un éclat de fraîcheur, d’humour et de tendresse. Preuve (s’il en fallait encore une) que le cinéma d’animation, tonnerre de tonnerre, n’est pas du tout réservé aux enfants – et qu’il n’y a pas mieux que le dessin (magnifiquement) animé pour raconter au plus large public la beauté et la complexité du monde, vu de l’enfance. Le Corset a tout pour lui : la beauté graphique, la richesse de l’animation, la subtilité d’écriture, la singularité du sujet, la justesse de l’évocation autobiographique, la sincérité et une inventivité jamais prise en défaut… On en est encore tout espanté (dans le midi : épaté, ébahi…)
Il faut dire que malgré son apparence juvénile, Louis Clichy, le réalisateur, n’est pas un perdreau de l’année. Un temps animateur chez Pixar (sur Wall-E), co-réalisateur avec Alexandre Astier de deux opus animés des aventures d’Astérix sur grand écran, ce garçon jamais totalement sorti de l’enfance a pris tout son temps, des années, pour peaufiner ce Corset, infiniment plus personnel : l’évocation (réinventée) d’une partie déterminante de son enfance. Au cœur des années 1980, ce fils d’agriculteurs embarqués malgré eux dans la révolution de l’agriculture productiviste fut handicapé par une sévère scoliose qui l’obligea longtemps à s’engoncer dans le lourd et rigide corset orthopédique qui donne au film son titre énigmatique. Mais n’anticipons pas…
Christophe est un garçon de treize ans, joyeux, espiègle et insouciant, dont la vie serait tout à fait banale sinon heureuse s’il n’était sujet à des pertes d’équilibre fréquentes, qui percutent régulièrement la vie familiale et le fonctionnement de la ferme. Le maladroit ! Par exemple lorsque s’essayant pour la première fois à conduire le tracteur flambant neuf, il verse dans le fossé, provoquant la colère de son père et de son frère aîné, au naturel déjà peu compréhensif et aux démonstrations d’affection plutôt bourrues. À force de catastrophes, le gamin est traîné de toubib en spécialiste, s’ensuivent radios, analyses, diagnostic : pour de longs mois, Christophe sera appareillé d’un corset « pour filer droit ». Le port de l’instrument de torture étant accompagné de tout aussi obligatoires et fastidieuses longueurs de piscine… Moqué, il devient rapidement le « Robocop » de la classe – mais son isolement attire l’attention de l’organiste du bourg, qui a besoin d’un tourneur de pages pour la messe et qui décèle chez le garçon un don certain pour la musique. Et puis, à la piscine, il y a Clara. Une adolescente rebelle et resquilleuse, championne de natation en herbe, dont la présence provoque chez Christophe des réactions étranges : bafouillage intempestif, rougissement, transpiration, accélération des battements du cœur…
À travers cette histoire simple et lumineuse, Louis Clichy comme sans y toucher ouvre plusieurs tiroirs dans son récit. Il décrit avec tendresse le monde rural de son enfance, où les adultes sont esclaves d’un labeur acharné, tributaire des aléas climatiques mais aussi des semenciers et désormais des spéculations des grandes coopératives, dans une économie plus du tout paysanne mais résolument capitaliste. Un monde où l’on ne fait étalage ni de ses souffrances, ni de ses sentiments : Louis Clichy brosse en aparté le portrait bouleversant d’un père secrètement aimant, tout autant corseté que son fils, sinon plus, par des conventions sociales ancestrales. En parallèle, le réalisateur réussit, à toutes petites touches impressionnistes, un portrait « parfait » de l’extraordinaire pulsion de vie adolescente : Christophe roulant cheveux au vent et walkman sur les oreilles sur sa bicyclette, s’exaltant de sa découverte de la musique, découvrant dans une scène de vol à l’étalage facétieux tout à la fois l’excitation de la transgression et la grande trouille de l’amour… Le dessin aux traits simples et merveilleusement vivants se déploie avec grâce dans de splendides paysages d’aquarelles rehaussées d’encre de chine, qui rendent magnifiquement la beauté changeante du ciel sur l’immensité des plaines céréalières… C’est simple : rien qu’à en parler, Le Corset, on a déjà envie de le revoir !

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