Fjord

Réalisation : Cristian Mungiu
Casting : Renate Reinsve, Sebastian Stan, Lisa Carlehed, Ellen Dorrit Petersen
Scénario : Cristian Mungiu
Récompenses : Festival de Cannes 2026 – Palme d’or

Type de film : Fiction
Pays : Roumanie, Norvège, France
Année : 2026
Durée : 146 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 19/08/2026

Mercredi 19 août
16:00
Mercredi 19 août
19:40
Jeudi 20 août
19:45
Vendredi 21 août
14:10
Vendredi 21 août
20:00
Samedi 22 août
14:00
Samedi 22 août
20:00
Dimanche 23 août
16:00
Dimanche 23 août
20:10
Lundi 24 août
14:20
Lundi 24 août
19:00
Mardi 25 août
17:50
Mercredi 26 août
15:30
Mercredi 26 août
20:00
Jeudi 27 août
20:10
Vendredi 28 août
14:10
Vendredi 28 août
20:10
Samedi 29 août
14:10
Samedi 29 août
19:50
Dimanche 30 août
14:30
Dimanche 30 août
20:00
Lundi 31 août
15:00
Lundi 31 août
19:40
Mardi 01 septembre
17:50
Mercredi 02 septembre
14:50
Mercredi 02 septembre
17:40
Jeudi 03 septembre
20:00
Vendredi 04 septembre
14:00
Vendredi 04 septembre
20:00
Samedi 05 septembre
14:30
Samedi 05 septembre
17:40
Dimanche 06 septembre
14:00
Dimanche 06 septembre
20:00
Lundi 07 septembre
14:10
Lundi 07 septembre
19:20
Mardi 08 septembre
18:00
Du 19/08/2026 au 08/09/2026 – Prochaines séances

Multi-primé à Cannes – dont deux Palmes d’Or, la première remontant déjà à près de vingt ans –, on a déjà beaucoup écrit sur Cristian Mungiu qui a réalisé relativement peu de films, un long métrage tous les quatre ans environ, à chaque fois écrit par lui et qui touche juste dans les méandres des contradictions morales de nos sociétés modernes. Autant philosophe que cinéaste, chacun de ses films relève de l’expérience de pensée, nous amène – dans un cheminement en fin de compte très socratique – à nous questionner, à douter et nous débarrasser de nos a priori et certitudes, sans jamais nous imposer sa propre vérité. S’appuyant sur des recherches toujours très documentées, Mungiu fait de chacun de ses films une allégorie ancrée dans le réel, comme autant de mythes de la camera obscura. Il écrit ainsi : « j’ai essayé d’apprendre, de douter et de comprendre ; j’aurais l’impression d’avoir échoué si Fjord ne faisait que confirmer au spectateur les idées qu’il avait avant de voir le film. »

Dans son précédent film, R.M.N., le cinéaste roumain dressait déjà de l’Europe le portrait linguistique chaotique d’une Babel moderne. Premier film situé en dehors de la Roumanie, l’histoire de Fjord se déroule en Norvège et quatre langues y sont parlées. Le casting est plus international et on y retrouve Sebastian Stan, américain d’origine roumaine, troquant la perruque orange trumpiste de The Apprentice pour une belle calvitie scolastique toute luthérienne, ainsi que Renate Reinsve, Norvégienne, que l’on a vue notamment dans le très beau Valeur sentimentale. Tous deux, Mihai et Lisbet Gheorghiu, forment avec leurs cinq enfants une famille bi-nationale aimante qui a tout de la famille modèle, des chrétiens évangéliques qui quittent la Roumanie pour s’établir en Norvège. Mihai est ingénieur, Lisbet travailleuse sociale, et même si très conservateurs, ils portent une attention toute particulière à l’éducation de leurs enfants, sans aucune forme de brutalité mais avec la volonté stricte de les protéger d’internet et de ses excès, leur inculquant des valeurs morales pour les protéger des dangers qu’ils perçoivent du monde extérieur. En bonne entente avec Mia et Mats, leurs voisins norvégiens, ils sont plutôt du genre à aider leurs prochains et à s’impliquer dans la communauté, Lisbet proposant son aide au vieux père handicapé de Mia. Leur fille Noora sympathise à l’école avec leurs deux ainés, en particulier avec Elia qui devient sa grande copine.

Et puis un jour, à l’école, une enseignante remarque un bleu sur l’épaule d’Elia et le signale par automatisme procédural à la représentante de l’institution de la protection de l’enfance norvégienne. Va alors se mettre en branle toute une machinerie qui, au nom de la protection et de la prévention, va retirer du jour au lendemain aux Gheorghiu la garde de leurs cinq enfants, sans qu’ils puissent s’en défendre. Procès, campagne de communication avec le soutien des autorités roumaines sur les réseaux, l’affaire va prendre une tournure délétère et internationale où chacun assène sa vérité sans jamais se remettre en question, avec les enfants au beau milieu découvrant à la fois la liberté qu’offrent les démocraties scandinaves mais aussi l’appareil aux mécanismes ouatés mais répressifs et normalisateurs des sociétés dites libérales. Car personne ici n’est exempt d’a priori, à commencer par la représentante de l’institution de protection de l’enfance dont on voit bien qu’elle n’apprécie guère le conservatisme de l’éducation des enfants Gheorghiu. Tous veulent le bien des enfants, mais chacun selon son prisme de vision du monde, et l’on est nous-mêmes pris à témoin, empêtrés dans le labyrinthe de nos propres préjugés. Où finit la liberté de conscience et où commence l’endoctrinement jusqu’à devenir instrument répressif ? Ces questions nous sont posées dans toute leur complexité dans ce film passionnant.

Bras de mer étroit, très escarpé, les eaux saumâtres d’un fjord proviennent du mélange entre de l’eau salée et de l’eau douce, mais la salinité et la température de ces deux eaux étant très différentes, elles se mélangent peu, à l’image de nos sociétés dites libérales, normatives et de plus en plus polarisées. À la veille de la rentrée scolaire d’une année très politique qui sera dominée par une vague caniculaire de manipulations et de post-vérités, on aura plus que jamais besoin de débattre avec sérénité et ouverture d’esprit, et ce vent de fraicheur philosophique scandinave est particulièrement bienvenu.

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