Minotaure

Réalisation : Andreï Zviaguintsev
Casting : Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin, Varvara Chmykova
Scénario : Andreï Zviaguintsev, Simon Liashenko
Récompenses : Grand Prix – Festival de Cannes 2026

D’après le film La Femme infidèle, écrit et réalisé par Claude Chabrol

Type de film : Fiction
Pays : France, Allemagne, Lettonie
Année : 2026
Durée : 142 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 14/10/2026

Vendredi 23 octobre
15:40
Vendredi 23 octobre
20:10
Samedi 24 octobre
13:50
Samedi 24 octobre
18:00
Dimanche 25 octobre
18:20
Lundi 26 octobre
13:50
Lundi 26 octobre
17:35
Mardi 27 octobre
14:20
Mardi 27 octobre
20:10
Mercredi 28 octobre
20:10
Jeudi 29 octobre
14:00
Jeudi 29 octobre
17:50
Vendredi 30 octobre
20:10
Samedi 31 octobre
14:00
Samedi 31 octobre
17:50
Dimanche 01 novembre
15:45
Lundi 02 novembre
15:10
Mardi 03 novembre
14:10
Mardi 03 novembre
18:00
Mercredi 04 novembre
20:10
Jeudi 05 novembre
18:00
Vendredi 06 novembre
18:00
Samedi 07 novembre
14:10
Dimanche 08 novembre
10:20
Lundi 09 novembre
15:10
Mardi 10 novembre
18:00
Mercredi 11 novembre
17:50
Vendredi 13 novembre
18:00
Samedi 14 novembre
14:00
Lundi 16 novembre
17:00
Mardi 17 novembre
20:00
Dernière Séance
Du 23/10/2026 au 17/11/2026 – Prochaines séances

Le cinéaste russe Andrei Zviaguintsev n’aurait pas pu réaliser ce film magistral s’il était resté dans son pays. Emporté par la vague de la pandémie en 2021, soigné en urgence à Hanovre avec 90 % de lésions pulmonaires, sa longue convalescence durant ce grand moment de bascule tectonique de l’histoire fit qu’il se trouvait toujours hors de Russie quand Vladimir Poutine déclencha la guerre d’agression contre l’Ukraine. Il choisit alors de rester en Europe et vint s’établir en France où il put enfin, six ans après le très beau Faute d’amour, s’atteler à un de ses projets mis en convalescence eux aussi. Fraîchement arrivé à Paris, ce fut l’adaptation du film de Claude Chabrol La Femme infidèle qui s’imposa. La fable sardonique sur le mariage et la bourgeoisie allait se muer en une charge féroce contre la petite oligarchie gravitant dans l’orbite du pouvoir poutinien, tout en laissant – peut-être sous influence chabrolienne – une part importante à un humour grinçant auquel Zviaguintsev ne nous avait guère habitués dans ses précédents films. S’il a gardé le ressort principal de l’intrigue d’origine (la scène du crime est à cet égard très réussie dans sa variation grotesque, presque comique), le contexte, sa conclusion et sa portée sont bien différents.

Un jour, Gleb et d’autres chefs d’entreprises comme lui sont appelés à une réunion par le maire, siégeant sous un portrait de Poutine, qui les informe qu’ils doivent désigner chacun 14 de leurs salariés pour aller à la guerre, à l’instar du roi d’Égée envoyant des jeunes Athéniens se faire dévorer en Crète par le Minotaure… Comme un propriétaire terrien disposant des âmes de ses sujets, Gleb a la terrible idée d’embaucher 14 inconnus pour qu’ils partent à la place de ses salariés. La même semaine, Il découvre que sa femme le trompe comme il le soupçonnait, et dans sa tête va germer une machination mêlant son « vaudeville familial » à ses calculs sordides d’oligarque…

Une scène au début montre Gleb et sa très belle femme Galina – qui masque difficilement son ennui – lors d’un diner avec leurs amis fortunés. L’un d’eux raconte une blague douteuse sur un type postulant, malgré un petit pénis, pour tourner dans un film porno et qui dit aux autres candidats lui demandant pourquoi : « parce que tous les films ont besoin d’anti-héros »… Peuplé d’« anti-héros », Minotaure est une charge terrible contre la médiocrité humaine de la ploutocratie qu’il décrit, et la précision chirurgicale de la mise en scène d’Andreï Zviaguintsev n’a rien perdu de son tranchant.

De cette hybridation entre l’ours russe et le complet du bourgeois parisien est né ce Minotaure dont la dimension mythologique prend racine dans la littérature classique, chez Gogol et en particulier dans Les Âmes mortes, transposé dans le labyrinthe de désinformation et d’opacité de la Russie en guerre. Ce n’est plus ici sur la spéculation des « âmes » des morts comptées comme des vivants que les médiocres prospèrent, mais sur le commerce glaçant des vies de ces nouveaux serfs envoyés à la boucherie, disparus et considérés comme déjà morts, dont les portraits placardés dans la ville anonyme servent jusque dans l’au-delà la propagande du maître du Kremlin.

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