CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE
EL CAUTIVO
Réalisation : Réalisé par Alejandro AMENÁBAR
Casting : avec Julio Peña, Alessandro Borghi, Miguel Rellán, Roberto Álamo
Scénario : Écrit par Alejandro Amenábar et Alejandro Hernández
Type de film : Fiction
Pays : Espagne
Année : 2025
Durée : 135 mn
Version : VOST
Au XVIe siècle, la Méditerranée occidentale est marquée par une intensification des affrontements maritimes entre les puissances chrétiennes et les provinces ottomanes d’Afrique du Nord. Ces conflits prennent notamment la forme du corso – entre course et piraterie – au cours duquel des navires corsaires capturent des bâtiments ennemis et leurs équipages, dans le but d’obtenir rançons ou échanges de prisonniers. Ces pratiques, encadrées par des règles reconnues de part et d’autre, s’inscrivent dans une économie organisée du captif. C’est dans ce contexte que Miguel de Cervantès, ancien soldat de la bataille de Lépante, est capturé lors d’un trajet entre Naples et l’Espagne…
Alger, 1575. Sur le marché aux esclaves, les prisonniers chrétiens attendent leur sort. Parmi eux, Cervantès, sur le point d’être acheté, va jouer son va-tout : revendiquer sa noblesse et ainsi échapper à l’esclavage. Mais comme d’autres captifs de son rang, il sera alors retenu dans une prison à ciel ouvert pendant presque 5 ans. Deux choix s’offrent alors aux prisonniers : renier leur foi chrétienne et embrasser l’islam, ce qui leur permettra de s’élever socialement et économiquement beaucoup plus facilement que dans leur pays d’origine, comme le Pacha Hassan Veneziano, lui-même d’origine vénitienne comme son nom l’indique ; ou bien patienter jusqu’à l’arrivée de religieux de l’ordre des Trinitaires, chargés de racheter les chrétiens captifs des musulmans… mais encore faut-il que la famille du détenu soit en capacité de payer la rançon.
Lorsque arrive le tour de Cervantès, un mystérieux billet attire l’attention du Pacha, qui fixe alors un prix exorbitant pour la rançon : 500 escudos, une somme astronomique pour cette époque, d’autant plus incompréhensible que, malgré son rang, la famille de l’écrivain est bien incapable de la réunir. Le futur auteur de Don Quichotte va donc être condamné à errer encore longtemps dans cette prison où les journées sont rythmées par les coups et les heures passées à fixer un puits, un programme qui ne l’enchante guère. Pour tromper l’ennui, il se plonge dans les ouvrages de la petite bibliothèque du Père Antonio de Sousa, qu’il dévore rapidement… Cervantès se met alors à inventer des histoires d’évasion et prend un malin plaisir à imaginer son retour à la liberté – il gagne même les faveurs des autres captifs qui attendent avec impatience la suite de ses récits. Jusqu’au jour où un garde vient le chercher et l’escorte, anxieux, jusqu’au sultan lui-même. Se met alors en place une relation de dominé / dominant entre Cervantès et le Pacha.
Signé Amenábar, ce presque huis-clos à ciel ouvert est une énorme bouffée d’air frais, et prend un tournant assez inattendu, faisant preuve d’une liberté de ton assez réjouissante… Le récit se révèle aussi passionnant que les petites histoires que Cervantès raconte à ses co-détenus, parvenant à faire comprendre avec subtilité les enjeux et l’impact que ces événements auront sur l’écrivain… et sur ses futurs travaux. À son retour en Espagne, Cervantès commencera à écrire frénétiquement et ses premières œuvre théâtrales seront directement inspirées par cette expérience traumatique qui lui a permis d’entrer en contact avec la culture musulmane, qui a nourri la construction de ses personnages, lui permettant de les aborder dans toute leur complexité et leur humanité. Avec ce Cervantès avant Don Quichotte, Alejandro Amenábar nous offre in fine une ode vibrante à la liberté, à la littérature et au romanesque.



