HLM PUSSY
Écrit et réalisé par Nora EL HOURCH
Année : 2023
Pays : France
Durée : 101 mn
VOST
avec Leah Aubert, Medina Diarra, Salma Takaline, Amelia Lacquemant, Omar El Hafiane, Mounir Margoum, Bérénice Benjo
En guise de préambule, on vous recommandera :
1/ de ne surtout pas vous laisser gagner par le scepticisme que pourrait vous inspirer le titre du film, qui évoque une caricature de fiction de banlieue alors même que ce mal nommé HLM Pussy est tout en finesse et délicatesse.
2/ de ne surtout pas vous fier à l’accroche marketing de son affiche : mais qui a pu imaginer ce slogan situant le film « entre La Boum et La Haine » ?
En fait cet épatant film féministe et politique fait le portrait sensible de la sororité d’adolescentes de quartiers populaires et réussit à bousculer tous les clichés, tant sur l’image et le rôle des femmes que sur l’identité sociale et ethnique. La première scène est assez jubilatoire : nous sommes dans un fast food – pardon : un établissement de restauration rapide – et deux garçons un peu lourdauds tentent d’aborder les trois collégiennes installées à la table voisine. Petites moqueries des filles qui se marrent de la drague maladroite des garçons, puis la situation dérape en clash verbal quand la gent masculine se sent humiliée : pour eux, les vannes sont clairement à sens unique… Chronique du petit sexisme ordinaire, cette fois-ci sans conséquence. C’est surtout l’occasion de nous présenter le trio de filles, aussi différentes qu’inséparables. Il y a Djeneba, « la grande bouche » de la bande, un peu tornade, qui vit chez un oncle et rêve de célébrité, tout en améliorant l’ordinaire en vendant des baskets via sa chaîne youtube. Il y a Zineb, plus discrète, qui vit avec sa mère et son grand frère dans un foyer où traine souvent Zak, le meilleur ami de son frère, qui lui fait assidûment les yeux doux. Et puis il y a Amina, pas vraiment du même milieu social : bien que fréquentant le même collège, elle vit dans une famille mixte et bourgeoise, suivie de près par un père d’origine maghrébine obsédé par la réussite de sa fille et qui veut absolument la transférer dans un lycée privé. C’est elle qui a commencé à s’intéresser aux questions féministes et qui, lors de l’altercation avec les garçons, parle de harcèlement.
Tout cela pourrait rester gentillet si la malheureuse Zineb n’était pas victime un jour des attouchements forcés de Zak. Les filles vont réagir avec les armes qu’elles maitrisent, piéger le coupable en faisant une vidéo on ne peut plus explicite et compromettante. À ceci près qu’Amina, par indignation, militantisme et amour pour sa copine, va diffuser la dite vidéo sur les réseaux sociaux sans demander franchement l’accord de Zineb et Djeneba, qui vont en subir la déflagration et les conséquences, elles qui vivent au quotidien aux côtés du coupable et de ses copains.
Le film aborde ainsi avec subtilité et intelligence les questions féministes adaptées à la réalité des quartiers populaires, dénonçant clairement l’agresseur sexuel mais sans forcer le trait, décrivant aussi les ambivalences des filles qui hésitent entre faire respecter leurs droits face à l’agression et préférer passer l’éponge pour plus de sérénité. À travers le personnage d’Amina et de sa famille, Nora El Hourch montre remarquablement que les questions féministes ne peuvent pas se traiter uniformément et être déconnectées des questions sociales, soulignant combien les histoires de classes et d’identité sont prégnantes, avec notamment la description du père d’Amina, qui incarne cette volonté obsessionnelle d’intégration – fruit d’un trauma social passé – au risque de faire fi parfois des choix de sa fille. Au-delà d’un remarquable portrait de jeunes femmes et de la mise en valeur de leur sororité, HLM Pussy, servi par trois formidables actrices débutantes, est une observation très fine et complexe de la diversité des adolescentes et adolescents de la France multiculturelle et inégalitaire dans laquelle nous vivons.



