UNE PLACE POUR PIERROT
Réalisé par Hélène MEDIGUE
Année : 2025
Pays : France
Durée : 99 mn
VOST
avec Grégory Gadebois, Marie Gillain, Patrick Mille, Mathilde Labarthe, Vincent Elbaz
Scénario d’Hélène Médigue et Stéphane Cabel
Elle l’appelle « mon Pierrot » et c’est fou tout ce que Camille, avocate de profession et légèrement sous pression, met dans ce petit adjectif possessif : on imagine qu’il raconte tant de choses, tant d’histoires, tant de bonheurs partagés… et quelques écumes de tristesse aussi, sûrement. Une vie qui s’est construite dans une relation très particulière : la différence de l’un, vécue à deux depuis toujours, a bâti au fil des ans un lien fraternel fort et sincère mais qui pèse lourd, très lourd, quand les parents ne sont plus là. Pierre, Pierrot, son Pierrot, son grand frère est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Mais lors d’une visite, Camille découvre que Pierrot est bourré de médicaments, qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même, mettant à mal tant d’années d’efforts, d’attentions, d’organisation pour que précisément il puisse avoir une vie sociale, un cadre rassurant où le contact avec le monde ne serait pas forcément source de tensions.
Folle de colère et sans trop se poser de questions (elle est du genre impulsif), Camille décide illico de le retirer de l’établissement en question pour le prendre chez elle. Mais chez elle, ce n’est pas si grand. Chez elle, il y a Emma, sa fille ado. Chez elle, il n’y a pas de chambre d’amis. Bref, chez elle, il n’est pas si facile que ça d’accueillir un Pierrot, aussi attachant, aussi conciliant, aussi gentil soit-il avec sa sœur Camille et sa nièce Emma.
Par ailleurs, ce n’est pas comme si Camille vivait la période la plus sereine de sa vie. Très prise par un dossier important pour sa carrière sur lequel elle travaille depuis des mois, elle est en permanence sous tension, au bord du pétage de câble et la séparation avec le père de sa fille (Vincent Elbaz, toujours formidable) l’a plongée dans un grand vide amoureux. Comment alors trouver en elle le calme, la patience, les mots doux, la tendre bienveillance dont son frère a besoin ?
Quant à Pierrot, malgré sa cinquantaine, il vit depuis toujours dans une bulle d’enfance, il a des goûts simples, il aime Julien Clerc, les étoiles, le système solaire et les croissants chauds de la boulangerie. Mais dès qu’il y a trop de bruit, trop d’agitation, il rentre dans sa coquille… Parfois, il se perd. Parfois aussi, il s’agite beaucoup et il faut alors contenir ce grand corps.
Très documenté et fidèle à la réalité que vivent les aidants, les familles, les parents, les proches de toutes celles et ceux qui portent une différence ou un handicap, Une place pour Pierrot n’est pas un film-manifeste. Il ne porte pas de jugement sur une situation pourtant très préoccupante, celle du manque de moyens pour prendre en charge ces personnes. Selon Autisme France en effet, l’attente pour une prise en charge dans un foyer d’accueil adapté peut prendre jusqu’à dix ans ! Et 70% des jeunes présentant un TSA (Troubles du Spectre Autistique) et en âge d’être scolarisés sont sans solution institutionnelle. Avec beaucoup de tact et de sensibilité, en choisissant de raconter une histoire intime de lien entre ce frère et sa sœur plutôt que celle, plus générale, d’une errance institutionnelle, Hélène Médigue fait aussi un pari sur l’humain. Car la solution qui sera trouvée pour donner une place à Pierrot parle de cela : comment inventer d’autres chemins possibles pour que la différence puisse être aussi une source de richesse et d’épanouissement.