L’INCROYABLE FEMME DES NEIGES
Écrit et réalisé par Sébastien BETBEDER
Année : 2025
Pays : France
Durée : 101 mn
VOST
avec Blanche Gardin, Philippe Katerine, Bastien Bouillon, Ole Eliassen, Martin Jensen
Un bon coup de poêle bien placé sur le crâne, voilà comment est reçue Coline par son frère Basile ! Pas vraiment étonnant puisqu’après des mois et des mois sans donner de nouvelles, elle se pointe dans la maison familiale en pleine nuit et sans avoir prévenu, en faisant qui plus est un boucan d’enfer parce qu’elle veut mettre la main sur la bouteille de gnôle du paternel défunt, histoire de se remonter le moral ! Réveillant de ce fait en sursaut le frangin, qui pense avoir affaire à un (piètre) cambrioleur et s’arme en conséquence…
Coline Morel avait de bonnes raisons d’être absente : c’est une exploratrice du Pôle Nord tout de même ! Certifiée AFNOR, mandatée par la faculté et tout le toutim ! Elle n’a pas le temps de lanterner. Dormir sur la banquise, traverser le Groenland en solitaire, se battre à mains nues avec un ours polaire (on n’est pas obligé de croire tout ce qu’elle raconte)… rien n’arrête l’intrépide aventurière. Mais depuis quelques temps, la vie de Coline part en brioche. Licenciée sans préavis de l’Institut qui l’emploie, elle est larguée comme une vieille chaussette polaire par son compagnon, las de supporter cette personnalité hors normes, un chouïa dépressive. Il pense d’ailleurs qu’elle aurait subitement « décompensé » et serait… bipolaire – la bonne blague, pour une spécialiste des pôles. Mais il y avait des signes avant-coureurs : en marge de ses recherches, Coline piste depuis des années le Yéti auquel personne – de bêtement rationnel – ne croit. Elle préfère d’ailleurs « qivitoq », son petit nom inuit, plus juste et moins chimérique. Elle a eu beau s’esquinter les yeux des heures durant à travers ses jumelles : de Qivitoq, elle n’en a jamais aperçu la moindre trace. Mais pour les Inuits, même l’invisible fait partie du paysage : elle ne l’a pas vu certes, mais ça ne veut pas dire qu’il n’est pas là !
Quoi qu’il en soit, en pleine débâcle personnelle et professionnelle, Coline a momentanément mis sa quête de côté pour rentrer au bercail dans les circonstances narrées plus haut… Une jolie bosse et quelques embrassades embarrassées plus tard, Basile et Coline s’efforcent de reprendre un semblant de vie familiale. Basile, une fois la surprise passée, est content des retrouvailles avec cette sœur qui ne donnait plus signe de vie. Laquelle sœur profite de son retour pour attaquer la rédaction de ses mémoires… stoppées net après les cinq premières lignes par une panne sèche d’inspiration. Basile ne sait dès lors pas trop comment contrôler cette Coline imprévisible, qui a vite fait de semer la zizanie dans le village par son comportement sans filtre… Il appelle alors au secours leur petit frère, Lolo, au caractère semble-t-il mieux trempé… ce qui demande à être vérifié.
Blanche Gardin, Philippe Katerine et Bastien Bouillon, tous trois formidables, font assaut d’ironie vacharde avec un plaisir communicatif, ce qui rend la plupart de leurs échanges hilarants. Une façon bien sûr de canaliser les sentiments à fleur de peau qui menacent à tout instant de les submerger – notamment Coline, qui cache un lourd secret à ses deux frères. Le cinéma si caractéristique de Sébastien Betbeder, qui marie à la perfection légèreté et gravité, humour et émotion, n’a jamais semblé aussi sincère, aussi évident. Des montagnes du Jura jusqu’à l’immensité des terres immuables du Groenland (familières au réalisateur qui y a déjà tourné Inupiluk et Voyage au Groenland), L’Incroyable femme des neiges nous entraine sur les pas de la fantastique autant que fantasque exploratrice, embarquée pour une nouvelle, peut-être ultime aventure. Une de celles qui donnent un sens à toute une vie. Car n’en doutez pas : le qivitoq est tout là-bas, sur la ligne de l’horizon…