UNE POINTE D’AMOUR
Écrit et réalisé par Maël PIRIOU
Année : 2025
Pays : France
Durée : 84 mn
VOST
avec Julia Piaton, Grégory Gadebois, Quentin Dolmaire, Florence Viala
D’après le scénario du film flamand Hasta la vista (2011), réalisé par Geoffrey Enthoven, écrit par Pierre De Clercq
Voilà un premier film qui aurait pu passer sous les radars d’Utopia si on ne l’avait rattrapé au vol, séduits et émus par une interview de son actrice principale, la lumineuse Julia Piaton – qui ne cesse ces derniers temps de transpercer nos écrans : on l’a vue dernièrement dans Le Secret de Khéops, Le Mélange des genres, Les Règles de l’art et tout bientôt ce sera dans La Venue de l’avenir, de Cédric Klapisch.
Pour préparer son rôle, Julia Piaton s’est mise en situation de handicap. Depuis, elle ne cesse de témoigner des embûches rencontrées quand on est rivé à un fauteuil roulant, de l’impossibilité de circuler dans les rues, même les plus huppées, de la Capitale. Et ce n’est pas forcément mieux en province ! Parcours du combattant périlleux qui amène à penser que certaines métropoles en sont restées à des aménagements archaïques, incomplets, voire dangereux, peu respectueux de leurs citoyennes et citoyens…
Une pointe d’amour – le titre n’est pas très heureux – est un délicieux « feel good road-movie » qui, sous des airs de comédie romantique, raconte des choses essentielles : la difficulté de se faire aimer, d’avoir accès à des gestes tendres et sensuels, le droit d’avoir une sexualité, de souffrir des mêmes affres de l’amour que tous ceux que l’on dit « valides »… quand on est atteint de certains handicaps trop visibles. Le film raconte tout ça avec beaucoup d’élégance et d’humour, loin de tout pathos, et sa cause est défendue par un trio d’acteurs formidables !
L’histoire débute avec Mélanie (Julia Piaton), avocate enthousiaste qui a perdu l’usage de ses jambes et qui doit, pour se faire entendre de ses confrères et des magistrats, se montrer plus brillante qu’eux, tant ils ne la calculent guère, tant ils ne perçoivent pas ses œillades blasées et ironiques quand ils invitent la cantonade à s’assoir, alors qu’elle l’est déjà. Détail anecdotique qui parle en creux de tous ces infimes petits couteaux maladroitement tournés dans des plaies invisibles, que Mélanie encaisse avec vaillance et une philosophie décalée… Dans le fond, ne se tient-elle pas plus droite que ceux qui se pensent debout ? Ce jour-là, c’est une espèce de gros nounours bourru qu’elle doit défendre, Lucas (Grégory Gadebois qui excelle dans ce genre de rôles). Le plus difficile dans l’histoire est de le faire taire ! Mélanie parviendra malgré le pédigrée du bonhomme à le faire sortir de taule en attendant son procès, sans lui avouer, dans un premier temps, qu’elle compte le réquisitionner – ainsi que son véhicule utilitaire – pour mettre en œuvre un curieux et indicible projet… Celui de partir avec son meilleur ami Benjamin (l’adorable Quentin Dolmaire, plus vrai que nature), lui aussi en fauteuil, pour s’offrir du bon temps quelque part où c’est autorisé : une maison de passe en Espagne, spécialisée dans l’accueil des personnes handicapées…
Forcément, elle n’annoncera pas le but ultime de ce périple à la maman de Benjamin, trop contente que notre avocate parvienne à faire sortir son fiston de son antre pour y regarder de plus près… C’est que contrairement à Mélanie, toujours enjouée et combattive, qui se réjouit perpétuellement du côté à moitié plein du verre, Benjamin ne voit que celui à moitié vide…
Aussitôt dit, aussitôt fait, voilà le trio embarqué dans le fourgon brinquebalant de notre repris de justice… Et ce dernier, enrôlé à son corps défendant en tant qu’assistant spécialisé sans en connaître les bases, tombera de Charybde en Scylla, de façon tout à fait drôlatique, en découvrant un monde, celui du handicap, dont il n’avait aucune idée, juste des clichés…