SALLY BAUER, À CONTRE-COURANT

Réalisé par Frida KEMPFF

Année : 2024
Pays : Suède
Durée : 119 mn
VOST

avec Josefin Neldén, Mikkel Boe Følsgaard, Arthur Sörbring, Lisa Carlehed, Gunnel Fred
Scénario de Frida Kempff et Marietta von Hausswolff von Baumgarten

Sacrée nana, Sally Bauer – méconnue, oubliée, jusque dans son propre pays. Et pourtant, en termes d’exploits, de puissance, de détermination, elle en remontre à bien des héros testostéronés qui, eux, coquin de sort, brillent toujours cent ans après au firmament des gazettes et de la mémoire sportives. Sally Bauer, son truc, c’est l’eau. Son sport : la natation. En 1939, alors que par la magie des ondes radio, la rumeur de la guerre enfle un peu partout dans le monde occidental, Sally, la trentaine, n’a qu’une idée fixe, un seul rêve, un unique objectif : traverser la Manche à la nage. Ses moyens pour y parvenir, ses chances de réussite ? Quasiment nuls. Surtout depuis que sa mère, horrifiée par les lubies sportives de sa fille, lui a coupé les vivres. Le fait est que, mère célibataire (déjà…) d’un petit Lars, Sally doit quotidiennement faire face à l’hostilité de ses contemporains – et plus encore de ses contemporaines, qui ne comprennent pas qu’une jeune femme puisse envisager de se consacrer à autre chose qu’à sa famille. Au minimum à sa progéniture – joies et délices de l’enfermement domestique promis aux femmes par le patriarcat triomphant. Et tant pis si, au fond de soi, on se sait promise à un autre destin, vouée à réaliser une performance hors-du-commun.
Des sous, donc. Avant de sauter dans le grand bain de la Manche, Sally doit s’attirer les faveurs des mécènes en battant le record de la traversée du Kattegat, passage maritime reliant la Suède au Danemark. Enduite des pieds à la tête d’une double-ration de graisse (sa marque de fabrique), la voilà qui file rageusement le train à un certain Hjalmar Lind, parti quelques minutes plus tôt pour lui voler la vedette. Va-t-elle réussir à rattraper ce concurrent indélicat ?

Frida Kempff, co-scénariste et réalisatrice, pousse aussi loin que possible le souci de réalisme dans la reconstitution des épisodes de la vie de Sally Bauer, jusqu’à donner à son film un aspect quasi-documentaire. À peine s’autorise-t-elle quelques rares plans plus posés, plus ostensiblement mis en scène, dans les moments charnières, pour mieux faire ressentir l’état d’esprit de son héroïne. C’est surtout par les dialogues que le film brille. Denses, riches de sous-entendus, ils portent en eux tout le message politique du film, en plus d’être particulièrement éloquents quant à la relation qu’entretiennent Sally et ses proches – qui masquent mal la jalousie sourde qu’ils éprouvent face à la puissance, la liberté que Sally dégage, incarne ou assume.
Car Sally Bauer, constamment à contre-courant, dans l’eau comme sur la terre ferme, est une force de la nature. Elle se sent vivante exclusivement au contact de l’eau, quand bien même cet élément, le plus fluide pourtant, l’emprisonnerait. Forte de sa certitude, de sa détermination, elle parvient à soulever des montagnes pour vaincre les mers. C’est là toute la profondeur et la complexité de Sally : avant d’incarner un véritable symbole d’émancipation féminine, elle est d’abord et avant tout une femme en quête d’elle-même. Josefin Neldén sublime cette obsession par un jeu tout en subtilité qui allie la fermeté inébranlable de la sportive à la profonde humanité de la femme.

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