L’ANGLAISE ET LE DUC
Écrit et réalisé par Eric ROHMER
Année : 2001
Pays : France
Durée : 125 mn
VOST
avec Lucy Russel, Jean Claude Dreyfus, Alain Libolt, Léonard Cobiant
D’après Journal de ma vie durant la Révolution Française de Grace Elliott
La Révolution Française vue par un témoin de l’époque… Le film a pour fondement les notes de Grace Elliott, une belle et intelligente Anglaise qui avait fait le choix de résider en France. On suit en particulier le cours de ses relations avec le duc d’Orléans, cousin de Louis XVI, acquis aux idées révolutionnaires, alors qu’elle-même est profondément attachée à la monarchie constitutionnelle, telle que pratiquée en Angleterre.
La forme choisie par Rohmer – personnages évoluant dans des décors peints – fait du film une œuvre d’art exceptionnelle, pleine de surprises et d’un grand plaisir pour les yeux. Inspirés de la multitude d’aquarelles contemporaines dont abonde le musée Carnavalet, chaque image, chaque décor est une merveille en soi : gris délicats, roses feutrés, feuillages semblant tempérés d’un brouillard qui fond les couleurs… confèrent à l’ensemble un côté suranné qui finit par nous donner le sentiment fort de la réalité d’une époque beaucoup mieux que n’importe quelle clinquante reconstitution. Cette impression de cohérence est renforcée par la façon dont les personnages s’intègrent au décor, comme si eux-mêmes avaient subi la patine du temps. Le vivant ne semble pas plaqué sur le factice, les vêtements, les corps, les visages se déplacent sur le fond des toiles peintes sans jamais se signaler par un contraste agressif. On a le curieux sentiment de regarder la Révolution à travers le filtre des siècles… Il fallait le génie de Rohmer pour réussir ce tour de force.
« J’ai déjà réalisé deux films historiques : La Marquise d’O, en décors naturels ; et Perceval le Gallois, entièrement en studio. Aucune de ces deux méthodes n’était possible ici pour montrer un Paris authentique. Alors, j’ai pensé à faire incruster les personnages sur des peintures faites sous ma direction, et fidèles à la topographie de l’époque. L’incrustation, c’est un procédé vieux comme le cinéma… Méliès a sans doute été l’un des premiers à l’utiliser… Mais il y a dix ans, quand j’ai commencé à penser à ce projet, la technique numérique n’était pas aussi développée… Ces méthodes sont aujourd’hui au point. » (Eric Rohmer en 2001, au moment de la sortie du film)