BERLINGUER, LA GRANDE AMBITION
BERLINGUER, LA GRANDE AMBIZIONE
Réalisé par Andrea SEGRE
Année : 2025
Pays : Italie
Durée : 122 mn
VOST
avec Elio Germano, Roberto Citran, Stefano Abbati, Francesco Acquaroli, Fabrizia Sacchi, Bianca Berlinguer, Maria Berlinguer
Scénario d’Andrea Segre et Marco Pettenello
« On oppose souvent la lutte des petites ambitions, liées aux intérêts personnels, à la grande ambition, indissociable du bien collectif. » Antonio Gramsci, Fondateur du Parti Communiste Italien.
S’il y a un homme politique dont on peut affirmer que son ambition personnelle ne s’est jamais opposée en aucune façon au bien collectif, c’est bien Enrico Berlinguer. Secrétaire du Parti Communiste italien de 1972 à 1984, année de sa mort, sa plus grande volonté a toujours été de trouver les moyens de réconcilier le communisme et la démocratie. Dans l’Italie de la Guerre froide, l’homme croit fermement que l’unité et la force politique de la gauche sont une condition indispensable pour transformer progressivement la structure économique et sociale de son pays et parvenir au socialisme de manière totalement démocratique. C’est dans ce but qu’il se bat pour faire accepter ce qu’on appellera à l’époque le « compromis historique » : rassembler les forces populaires communistes et socialistes donc mais aussi les forces populaires catholiques, représentées par les Démocrates Chrétiens, installés au pouvoir depuis bien longtemps et jouissant d’une forte influence au sein du pays. Mais voilà, la plupart des travailleurs italiens ne veulent plus entendre parler de ce parti politique qui n’a jamais rien fait pour eux. D’où la difficulté – euphémisme – d’imposer l’idée d’une alliance, seule solution pour le parti communiste – aux yeux de Berlinguer en tout cas – d’avoir la possibilité de changer en profondeur le fonctionnement du pays… Ça sent l’impasse…
C’est sans compter la ténacité, la force de persuasion et la témérité de Berlinguer, qui ne reculera devant rien, ni personne. Il n’hésite d’ailleurs pas une seconde, lors du 25e congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique, qui se tient à Moscou en février 1976, à prononcer un discours fortement critique à l’égard du parti de Brejnev, en sa présence bien sûr, martelant la nécessité de lier au développement du socialisme la défense de toutes les libertés civiles et politiques. Et qu’importe si son discours jette un froid glacial au Kremlin, la messe est dite : le Parti Communiste italien désire et doit prendre ses distances avec le Parti Communiste soviétique. Malgré les dangers qu’une telle décision peut entraîner, pour Berlinguer lui-même ou pour son entourage.
Voilà un film qui nous immerge dans le monde où évoluait Enrico Berlinguer. Il ne s’agit pas ici d’une énième imitation ou idéalisation de l’homme politique mais bien une volonté de le comprendre profondément à travers ses pensées, ses ambitions mais aussi – c’est sans doute le plus intéressant – ses doutes et ses questionnements. Que ce soit à travers les faits marquants de sa carrière politique – sa rencontre décisive avec Aldo Moro, chef de la Démocratie Chrétienne – ou des circonstances de sa vie intime – les conversations avec ses enfants, dont la pensée politique s’affine au fil des années, permettant des débats et échanges au sein même de son foyer –, il est passionnant de suivre Berlinguer (remarquablement incarné, au sens fort du terme, par Elio Germano) dans chacune de ses prises de position et décisions.
Le réalisateur Andrea Segre – qui a fait le choix d’intégrer des images d’archives qui « sculptent » réellement le film – cherche à nous raconter l’exercice de la politique, non pas à travers de simples slogans ou des symboles connus de tous, mais en nous plongeant dans la vie de ceux qui y consacrent l’essentiel de leur existence. « La vie d’Enrico Berlinguer peut encore aujourd’hui nous aider à poser des questions et à chercher des réponses. Le monde a profondément changé, mais les urgences et les enjeux qui ont traversé sa vie et celle du peuple italien n’ont pas disparu. Il existe une universalité dans l’action et la pensée de cet homme qu’il est fascinant de pouvoir explorer, au-delà de l’adhésion désormais anachronique à un parti politique. »